L'injection faite à Irma

 Quelle est la théorie freudienne ?



En termes simples, la théorie de Sigmund Freud suggère que le comportement humain est influencé par des souvenirs, des pensées et des pulsions inconscientes. Cette théorie propose également que le psychisme comporte trois aspects : le ça, le moi et le surmoi.

C'est quoi la psychanalyse freudienne ?
Le but de la psychanalyse est, selon Freud, de rendre l'inconscient conscient, de pouvoir aimer et de travailler. On peut dire aussi de conquérir un plus grand degré de liberté par rapport aux déterminismes inconscients dans les relations avec soi-même et avec les autres.

Freud, L'Interprétation du rêve, 1900, pour l'interprétation de son « rêve de L'injection faite à Irma » qu'il analyse au deuxième chapitre de la Traumdeutung comme « un échantillon de rêve »


L'injection faite à Irma est un rêve de Sigmund Freud que celui-ci raconte et analyse longuement dans L'interprétation du rêve (1900) : il sert d'exemple au fondateur de la psychanalyse pour exposer sa « méthode de l'interprétation du rêve ».
Ce rêve inaugural a été abondamment commenté dans la littérature psychanalytique. Didier Anzieu lui consacre un long développement dans L'auto-analyse de Freud — et la découverte de la psychanalyse.

Présentation

Dans l'intitulé du deuxième chapitre de L'interprétation du rêve sur « la méthode de l'interprétation du rêve » où Freud lui consacre une analyse de 13 pages, il est annoncé comme « un échantillon de rêve ».
C'est « le rêve princeps qui inaugure l'énoncé du processus d'interprétation du rêve et d'une certaine façon l'histoire de la technique psychanalytique », écrit Roger Perron dans le Dictionnaire international de la psychanalyse« Ce rêve princeps inaugure la période d'autoanalyse de Freud, où son ami Wilhelm Fliess joue un rôle important », souligne-t-il.
Freud fait ce rêve en 1895, dans la nuit du 23 au , durant ses vacances et alors qu'il séjournait à la Villa Bellevue dans les environs de Vienne. Le rêve se passe quelques jours avant l'anniversaire de Martha, la femme de Freud, « enceinte [...] de son dernier enfant, Anna Freud ».

Le rêve concerne une patiente de Freud, qu'il appelle Irma dans le rêve. Roger Perron résume le récit du rêve par Freud en ces termes:« Irma va mal, elle souffre de la gorge, du ventre, du nez; Freud l'examine malgré sa résistance, il est inquiet, se demande s'il a commis une erreur médicale, appelle en consultation deux amis médecins, M. et Otto; ceci débouche sur un diagnostic absurde où il est question de triméthylamine. »

L'interprétation de Freud « est guidée par l'hypothèse selon laquelle le rêve est réalisation de désir ». Le désir est ici « de rejeter la responsabilité de la faute sur quelqu'un d'autre, à savoir M. et Otto ». Parmi les « restes diurnes » des jours précédents qui concourent à la formation du rêve, se trouve Wilhelm Fliess, oto-rhino-laryngologue, « en association avec l'anomalie des cornets du nez d'Irma ». Ce dernier, explique Perron, avait « commis auparavant une faute grossière avec l'une des patientes de Freud, Emma Eckstein, en oubliant un pansement dans ses cavités nasales après une opération, ce qui avait occasionné infection et grave hémorragie ». Selon É. Roudinesco et M. Plon, Irma est « un condensé d'Emma Eckstein et d'Anna Lichtheim », qui « était l'une des patientes préférées de Freud (il donna son prénom à sa fille) ».

L'analyse d'Anzieu dans L'auto-analyse de Freud

L'analyse par Didier Anzieu du rêve de l'injection faite à Irma occupe une place importante dans L'auto-analyse de Freud — et la découverte de la psychanalyse (1959) au chapitre II « La découverte du sens des rêves ».
Didier Anzieu se penche plus spécialement sur les structures ternaires qui apparaissent et organisent le rêve, notamment les groupes de personnages, et la formule finale de la triméthylamine censée représenter la « solution ». Selon Anzieu, on aboutirait au regroupement suivant des personnages selon leur ordre d'apparition: 1) Les Veuves: Irma, Amie d'Irma, Martha; 2) Les Aînés: Breuer, Fleischl, Emmanuel; 3) Les Égaux: Otto, Léopold, Fliess. Anzieu signale en note que « l'idée de rapprocher les structures ternaires des personnages du rêve et de la formule de la triméthylamine » est au départ de Lacan dans son Séminaire de 1953. Mais « l'idée de développer complètement cette formule et de formaliser entièrement l'auto-analyse du rêve » est la sienne.

L'Interprétation du rêve (Die Traumdeutung) ou L'Interprétation des rêves est un ouvrage de Sigmund Freud publié fin 1899, mais daté par l'éditeur de 1900. Ce livre représente un moment fondateur de la psychanalyse au début du XXe siècle.

Histoire et réception du livre au temps de Freud

En 1925, Freud « écrit dans son autobiographie: “L'interprétation du rêve paru en 1900, fut à peine mentionnée dans les revues spécialisées” ».
Dans l'article « Freud » du Dictionnaire du monde germanique (2007), Jacques Le Rider dit, à propos de « L'interprétation du rêve [Die Traumdeutung], ouvrage paru en novembre 1899 et publié avec le millésime 1900, dont la diffusion et le retentissement furent d'abord confidentiels, mais qui connut de nombreuses rééditions, à chaque fois remaniées », qu'il « s'est imposé comme un des ouvrages théoriques les plus célèbres du XXe siècle ».

Années 1880-1890

Freud s'intéressait à ses propres rêves depuis longtemps, bien avant de se lancer dans l' « aventure » de son livre sur « la Traumdeutung » proprement dite: une lettre à sa fiancée Martha Bernays du  « parle d'un “carnet de notes personnelles sur les rêves” composé à partir de son expérience ».
De même, Freud s'est intéressé très tôt aux rêves de ses patients. Au-delà d'utiles indications sur ce que ceux-ci, consciemment ou non, « dissimulaient » à leur médecin, Freud en vient à penser que les mécanismes de production du rêve sont homologues aux mécanismes de production du symptôme. Puis il admet que cela n'était pas limité aux structures pathologiques, l'analyse des rêves pouvant constituer « une méthode puissante d'élucidation des processus psychiques eux-mêmes », et il note et analyse dès lors ses propres rêves. L'élaboration du livre durera presque quatre années, du printemps 1896 à fin 1899.

Freud et Fliess en 1890.
Emma Eckstein.

Au petit matin du , Freud fait un rêve concernant l'une de ses patientes, qu'il désigne sous le prénom d'Irma, dans l'analyse qu'il en fait en 1900. L'interprétation permet à Freud de vérifier sa thèse selon laquelle le rêve est réalisation de désir, et dans ce rêve précisément, il s'agit du « désir de rejeter la responsabilité de la faute sur quelqu'un d'autre, à savoir M. et Otto ». Dans l'autoanalyse de Freud que ce rêve inaugure, Wilhelm Fliess apparaît à l'arrière-plan du rêve pour avoir commis une erreur médicale, avec l'une des patientes de Freud, Emma Eckstein.

Freud passe d'une théorie du fonctionnement psychique « neurobiologique », telle qu'il avait projeté en 1895 d'en rendre compte dans l'Esquisse d'une psychologie scientifique, essai finalement non publié, à une théorie en termes de processus psychiques, qu'il met quatre ans à élaborer et qui devient L'interprétation des rêves.

L'interprétation du rêve était déjà prête pour l'essentiel au début de 1896. 1896 est pour Freud l'année de la mort de son père, Jacob Freud, le . D'après Marthe Robert, citée dans la notice, « le projet même de l'ouvrage coïncidait avec une crise; Freud se contraignit finalement à l'écrire pour tenter de surmonter l'état intérieur fort pénible où la mort de son père l'avait plongé ».

Ingres, Œdipe explique l'énigme du Sphinx, 1827.

La mort du père de Freud et les souvenirs d'enfance qui se relient à la personne de celui-ci apparaissent comme la source de plusieurs rêves, en particulier des rêves dits « de Rome ». À l'automne 1897, au retour d'un voyage en Italie, Freud déclare à son ami Wilhelm Fliess: « Je ne crois plus à ma neurotica », terme par lequel il désigne la théorie de la séduction à laquelle il renonce le . Dans sa lettre du , il fait référence au « mythe d'Œdipe » en écrivant à Fliess: « J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants [...] s'il en est ainsi [...] on comprend l'effet saisissant d' Œdipe roi  ».

Achevé en , le manuscrit de Freud est publié le  par l'éditeur Deuticke, qui le date pourtant de 1900: « remarquable intuition », écrit Roger Perron, pour un livre « qui devait ouvrir le siècle de la psychanalyse ».

1900 et les éditions suivantes

La première édition (600 exemplaires) « se vend mal ». Freud écrit à Fliess le  : « [...] les éloges ressemblent à des aumônes, l'ouvrage est manifestement antipathique à la plupart des gens ». Cette vision assez pessimiste de Freud sur la réception de son livre est cependant démentie dans la réalité : Henri Ellenberger a relevé « au moins onze recensions dans des périodiques d'intérêt général et des revues scientifiques, dont certaines furent très élogieuses ». En France, Bergson salue les découvertes de Freud dans une conférence de .

Otto Rank collabora aux éditions 3-7 de L'interprétation du rêve.

L'interprétation du rêve est un texte qui fut beaucoup remanié et qui, de 1900 à 1930, connut huit éditions. Otto Rank collabora à la troisième édition (1911) et de manière importante à la quatrième édition (1914). Il rédigea deux chapitres qui figurent dans les éditions 4-7, de 1914 à 1922: « Traum und Dichtung » [« Rêve et poésie »] et « Traum und Mythus » [« Rêve et mythe »].
La célèbre phrase: « l'interprétation du rêve est la via regia menant à la connaissance de l'inconscient dans la vie d'âme » est un ajout de 1909 (2e édition).

En 1921, Freud écrit que si ce livre avait jadis pour rôle d'informer (« sur la nature du rêve »), « il lui faut maintenant remédier, avec tout autant de soins, à l'incompréhension têtue que rencontre cette information ».

En 1924, devenu plus « confiant dans les destinées de son livre », il écrit dans le « Court abrégé de la psychanalyse » : « La psychanalyse est pour ainsi dire née avec le XXe siècle ». Un siècle plus tard, L'interprétation du rêve est « le titre le plus universellement diffusé de toute l'œuvre freudienne ».
Les milieux philosophiques, littéraires ou artistiques « exprimèrent leur approbation », et le livre fut accueilli avec enthousiasme par les surréalistes français, spécialement par André Breton.

En 1931, dans sa préface à la troisième édition anglaise (révisée) de The Interpretation of dreams, Freud écrit à propos de son livre qu'il demeure « pour l'essentiel inchangé ». Il le considère comme « la plus précieuse de toutes les découvertes » qu'il a eu « la bonne fortune de faire ».

Le rêve comme « accomplissement de souhait »

« Wunsch [souhait] est le grand mot de la Traumdeutung », souligne François Robert en 2010.

Selon les théorisations de Freud, le rêve, loin d'être un phénomène absurde ou magique, possède un sens : il est « l'accomplissement d'un désir » ou, plus exactement et littéralement traduit de l'allemand Wunscherfüllung, c'est un « accomplissement de souhait » (traduction des OCF.P). Il a pour fonction de satisfaire le rêveur. Le rêve renseigne par conséquent sur les désirs plus secrets du rêveur, c'est-à-dire « refoulés » dans son inconscient. Au chapitre II où il explique sa méthode de l'interprétation des rêves à partir du rêve exemplaire de L'injection faite à Irma, Freud déclare: « Le rêve expose les faits tels que j'aurais souhaité qu'ils se fussent passés; son contenu est accomplissement d'un désir, son motif un désir après complète interprétation, tout rêve se révèle comme l'accomplissement d'un désir ».

Sept chapitres

La traduction des têtes de chapitres se réfère à l'ancienne traduction d'Ignace Meyerson, publiée en 1926 sous le titre La science des rêves, augmentée et entièrement révisée par Denise Berger, et intitulée L'interprétation des rêves :

  1. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve.
  2. La méthode d'interprétation des rêves. Analyse d'un exemple de rêve.
  3. Le rêve est un accomplissement de désir.
  4. La déformation dans le rêve.
  5. Le matériel et les sources du rêve.
  6. Le travail du rêve.
  7. Psychologie des processus du rêve.


 

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