Sexe
Le clitoris
Le nom de l'appendice le plus méconnu et incompris de l'histoire vient du grec ancien kleitoris: c'est-à-dire ce qui sert à fermer, un verrou ou une clé. Dans son étude «De l'anachronisme et du clitoris», issue de l'ouvrage collectif Le Français préclassique (éd. Champion, 2011), la professeure de littérature Michèle Clément explique: «Le verbe grec “cleitoriazein” et le substantif “cleitorida” apparaissent déjà chez Rufus d'Ephèse [médecin romain de renom, ndlr] dans son traité Du nom des parties du corps humain (vers Ier ou IIe siècle ap. J.-C.); il mentionne les deux mots lorsqu'il nomme les “parties honteuses de la femme”.»
La linguiste y rappelle également qu'à l'époque, l'utilisation du mot servait à désigner indifféremment les parties extérieures du sexe féminin, venant confirmer le désintérêt des médecins pour cette partie du corps et ce, jusqu'au milieu du XVIe siècle.
Et si on disait…
«Éminence». Puisque le mot sert en anatomie à désigner tout ce qui peut être une bosse, une excroissance ou un appendice et que, dans le langage courant, il désigne, selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales: «Le haut degré d'élévation, de grandeur et de supériorité de quelqu'un ou quelque chose.»
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Le vagin
Dit à l'anglaise («veujaïïna»), le mot vagin sonne comme un synonyme d'empowerment féministe. Pourtant, le mot vient du latin vagina qui dénomme «une gaine, un fourreau où était enfermée l'épée». Une fois de plus, le mot désigne par extension la vision hétérosexuelle masculine et hétéronormée du sexe: le vagin ne servirait donc qu'à envelopper un pénis. La première occurence du mot vagin date de 1674 quand Nicolas de Blégny, essayiste et chirurgien français, l'a utilisé dans son ouvrage Observations curieuses et nouvelles sur l'art de guérir la maladie vénérienne. Info bonus: à la suite de ces travaux remarquables, le scientifique a été nommé chirurgien de la Reine en 1678.
Et si on disait…
Le site médical américain Healthline propose sérieusement de remplacer le mot vagin par l'expression trash mais pragmatique «front hole» –comprenez «trou de devant». À vous de voir.
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L'utérus
«Utérus» vient du grec ancien hysterica, un terme qui a aussi donné le nom hystérie (vous connaissez l'histoire par cœur). Hippocrate, le père de la médecine, et ses copains grecs ont été les premiers à avancer le fait que l'utérus était particulièrement enclin à perdre les pédales (ainsi qu'à produire des émanations toxiques) quand il était infructueux. Et que la seule solution pour y remédier était le mariage…
L'idée a persisté à travers les siècles au point que l'hystérie devienne un diagnostic médical automatique dans une profession dominée par des médecins hommes, qui, pour en guérir les femmes, prônaient un massage des parties génitales afin de déclencher des «paroxysmes». Pour rappel, l'hystérie n'a été enlevée de la liste des maladies modernes de l'association américaine psychiatrique qu'en 1952.
Et si on disait…
«Nidus», soit «nid» en latin. Parce que l'utérus est le nid de la vie et qu'on voulait que ça sonne ancien et scientifique.
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Les trompes de Fallope
Les trompes de Fallope tirent leur nom de leur découverte par le chirurgien, naturaliste, botaniste et anatomiste Gabriel Fallope au XVIe siècle, établi dans les Pouilles. Il a aussi donné son nom au ligament qui touche lesdites trompes sous le nom de ligament de Fallope. On le connaît aussi pour avoir fait l'analogie entre le clitoris et la verge et pour avoir reconnu que celle-ci ne pénétrait pas l'utérus durant le coït. Mais ce n'est pas une raison pour mettre son nom partout.
Et si on disait…
«Salpinx». Selon le dictionnaire de l'Académie de médecine fondée en 1820, on ne parle plus de trompes de Fallope mais de tubes utérins ou de salpinx, le salpinx désignant ce petit instrument à vent de la famille des trompettes utilisé en Égypte antique. Et en grec ancien, salpinx signifie (on vous le donne en mille): trompette. CQFD.
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Les glandes de Bartholin
Dans l'épaisseur des grandes lèvres de l'appareil génital féminin se cachent les glandes de Bartholin. Elles se nomment ainsi d'après l'anatomiste danois Caspar Bartholin le Jeune, qui en a simplement fait la description au XVIIe siècle en se rendant compte qu'elles étaient à l'origine de sécrétions filantes, incolores et lubrifiantes facilitant la pénétration du pénis lors de rapports sexuels.
Et si on disait…
Aujourd'hui, d'après le dictionnaire médical de l'Académie de médecine (encore lui), on nomme désormais les glandes de Bartholin «glandes vestibulaires majeures». Un progrès. Cela dit, l'infection dont elles peuvent être victimes se nomme toujours «bartholinite»… Essaie encore.
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L'hymen
L'hymen tire son nom du dieu grec Hymen ou Hyménée, le dieu du mariage, mort écrasé sous sa maison le jour de ses épousailles (ce qui en dit long sur l'obsession dont l'hymen féminin fait l'objet lors de la nuit de noces). On attribue au dieu Hymen de nombreuses légendes: il serait un magnifique jeune homme blond ayant délivré des jeunes filles vierges enlevées par des pirates et aurait exigé, pour les rendre à leurs parents, d'obtenir la main de sa préférée, même si celle-ci le dédaignait. Sympa. C'est André Vésale, considéré comme le plus grand anatomiste de la Renaissance, qui, au XVIe siècle, a mis le nom d'hymen au goût du jour en s'en servant pour désigner la membrane qui couvre partiellement l'ouverture du vagin.
Et si on disait…
En 2009, l'association suédoise pour l'éducation sexuelle a sorti un livret d'information sur l'hymen qu'elle a préconisé de renommer «couronne vaginale». Problème: la couronne renvoie aussi au mariage et à la mythologie tout en étant associée au mot vaginal, lui aussi problématique. Voilà pourquoi l'autrice suédoise Therese K Agdler a prôné dans une chronique publiée dans l'Östersund Posten la même année, l'utilisation de l'expression «pli de la muqueuse».
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La cyprine
Connaissez-vous la nature et le rôle de la cyprine, ce lubrifiant sécrété par les femmes sous l’effet de l’excitation sexuelle ? La cyprine a-t-elle une odeur ? Une couleur ? Une texture ? Quelle est sa composition ? À quoi sert cette sécrétion vaginale exactement ? Découvrez tous les secrets de celle que l’on appelle aussi la lubrification vaginale ou dans le langage courant la « mouille ».
Sommaire
La cyprine est un mot peu connu par le grand public. Pourtant, ce liquide lubrifiant sécrété en cas d’excitation sexuelle est indispensable pour ne pas sentir de douleurs pendant les rapports sexuels. Les explications de la Dre Joëlle Robion, gynécologue libérale à Melun, vice-présidente du pôle Gynécologie médicale du SYNGOF (Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France).
Définition : c’est quoi la cyprine chez la femme ?
La cyprine est une sécrétion vaginale féminine produite par les glandes de Bartholin en cas d’excitation sexuelle. Elle est en quelque sorte l’équivalent féminin du liquide séminal chez l’homme.
Le terme de cyprine en tant que liquide physiologique, fait référence à la déesse de l’amour puisqu’il est formé à partir du surnom latin de la déesse Aphrodite : Cypris. Mais attention : cyprine est aussi le nom d’un mollusque venu d’Islande ou une variété de minéral et peut même être donné en prénom féminin (même si, du coup, on ne vous le recommande pas). Selon notre experte, les professionnels de santé et patientes ne parlent pas de cyprine, mais plutôt de lubrification, et, dans le langage familier, on parle davantage de « mouille ».
Quelles différences avec les pertes blanches et le liquide éjaculatoire ?
Ce phénomène n’est pas à confondre avec les pertes blanches (dites leucorrhées) ou le liquide éjaculatoire produit lors de l’éjaculation féminine.
« Les leucorrhées sont des pertes physiologiques permanentes, variables selon plusieurs critères notamment la période du cycle (plus épaisse en période d’ovulation), et proviennent de la glaire cervicale ;
Le liquide éjaculatoire est un liquide émis au moment de l’orgasme ou en cas d’émission fontaine, par d’autres glandes (glandes de Skene ou para-urétrales). Bref, le vagin produit beaucoup de choses », s’amuse notre spécialiste.
N.B. : une femme qui mouille beaucoup n’est donc pas ce que l’on appelle une femme fontaine.
D’où vient la cyprine ? Quelle est sa composition ?
« La cyprine est une sécrétion composée d’eau, d’urée, de protéines, de bactéries, d’aldéhyde (genre d’alcool), d’acides acétique et lactique, etc. Elle est issue des glandes de Bartholin (aussi nommées glandes vestibulaires majeures) et va notamment lubrifier la vulve grâce à de mini-orifices situés autour de cette dernière. On émet entre 1 et 4 ml de lubrification par rapport, mais c’est très variable selon les femmes », détaille Joëlle Robion. Notez que cette lubrification aurait aussi lieu à l’intérieur du vagin par un ingénieux système de transpiration interne.
La lubrification témoigne souvent de l’excitation sexuelle de la femme. Mais attention : cyprine peut aussi rimer avec peur et système de défense naturel. En effet, on sait qu’en cas de viol, les femmes (et femelles chez certains animaux) peuvent émettre ce liquide afin d’éviter de souffrir.
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