Jean-Charles Herbin
Cahiers de recherches
médiévales et humanistes
12 (2005)
La tradition épique, du Moyen Âge au XIXe siècle
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Jean-Charles Herbin
Variations, vie et mort des Loherains
Réflexions sur la gestation et les paradoxes d’un
grand cycle épique
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Référence électronique
Jean-Charles Herbin, « Variations, vie et mort des Loherains », Cahiers de recherches médiévales [En ligne],
12 | 2005, mis en ligne le 30 décembre 2008, consulté le 11 novembre 2013. URL : http://crm.revues.org/2242 ;
DOI : 10.4000/crm.2242
Éditeur : Ribémont, Bernard
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© Cahiers de recherches médiévales et humanistes
Variations, vie et mort des Loherains
Jean-Charles Herbin
Variations, vie et mort des Loherains
Réflexions sur la gestation et les paradoxes d’un grand cycle épique
Pagination de l’édition papier : p. 147-174
La Geste des Loherains :
une appellation trompeuse
1 Lorsqu’il livre au public, en 1833, la première édition moderne de la Chanson de Garin,
Paulin Paris l’envisage comme « faisant partie d’un autre poème plus vaste, désigné sous
le nom général de Chanson des Lohérens ». À l’époque, il conçoit l’ensemble de manière
généalogique, mêlant (par l’usage approximatif, pour nous, des italiques et des caractères
romains), les noms des personnages et les titres des poèmes : « Les Lohérens comprennent les
histoires – 1° du duc Hervis de Mez ; – 2° de Garin le Loherenc et Begon de Belin, ses fils ;
– 3° de Girbert, fils de Garin, Hernaut et Girbert, fils de Bégon ; – 4° enfin d’une quatrième
génération que les continuateurs ont poursuivie jusqu’au célèbre Garin de Monglave (sic) »1.
Dès 1846, dans la préface qu’il donne à sa Mort de Garin le Loherain, Édélestand du Méril
utilise, pour désigner ce qu’il considère comme un cycle, l’appellation Geste des Lorrains,
promise à un bel avenir2, mais qui ne sera jamais définie avec précision et qui recouvre, au
fond, plus un fourre-tout qu’un cycle clairement défini.
2 En 1863, Paulin Paris précise sa pensée : « Qu’est-ce que la Geste des Loherains, se demande-
t-il, cette longue chanson dont le Garin forme la première partie ? »3. Et de poursuivre : « Je
ferais peut-être bien de répondre comme l’auteur de la rédaction en prose du Saint Graal :
“C’est l’histoire tirée de toutes les histoires” »4. Quant au rapport des grandes figures de la
chanson avec celles de « l’histoire authentique », « … j’ai torturé si longtemps mon esprit à
de vaines recherches, avouait le vénérable médiéviste, que j’ai bien le droit de jeter, comme
on dit, ma langue à de plus jeunes barbes »5.
3 Quoi qu’il en soit, sa vision d’ensemble est restée confuse. Tout au plus comprend-on qu’en
1863 Paulin Paris envisageait la Geste des Loherains non plus comme une suite de récits
parallèles aux générations des héros, mais comme un ensemble constitué de deux parties6,
alors que dans la synthèse qu’il avait signée dans l’Histoire littéraire de la France, il concluait
en distinguant trois parties attribuables à des auteurs différents : Hervis (auteur anonyme),
Garin/Gerbert (Jehan de Flagy, les limites du texte restant approximatives), une « dernière
partie » (due à plusieurs trouvères écrivant en rimes)7.
4 C’est sur cette division floue et insuffisamment interrogée qu’a tourné, depuis lors, sans remise
en cause fondamentale8, l’essentiel du discours critique sur la Geste des Loherains, qu’aucun
manuscrit médiéval – le constat est à souligner – ne nous a transmise avec ce titre et en
intégralité. Il est peut-être temps de réexaminer le bien-fondé de cette conception ancienne.
Nous avons aujourd’hui la chance d’être loin des querelles post-romantiques et nationalistes
qui voulaient, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, que les chansons de geste soient
françaises d’abord pour ne pas être germaniques et, par voie de conséquence, qu’il y ait eu une
« geste lorraine », et donc française, qui montrait, pensait-on et pour faire court, qu’au Moyen
Âge les Lorrains avaient déjà choisi la culture française.
5 Comme nous l’avons montré ailleurs9, les chansons d’Anseÿs de Gascogne (et non plus – de
Metz) et de la Vengeance Fromondin doivent être mises à part du cycle, dont elles ne font que
compromettre l’unité. Il y avait bien, au début du XIVe siècle, dans l’esprit des contemporains
du succès de nos héros épiques, deux cycles séparés : les viés Loherens et les novials,
pour reprendre la distinction utilisée dans l’inventaire des livres du comte Guillaume III de
Hollande, alias Guillaume Ier de Hainaut10. Il est clair pour nous que le premier cycle, qui
seul mérite l’appellation de Geste des Loherains, se composait de Garin et Gerbert, et très
vraisemblablement à l’époque de l’inventaire considéré, de Hervis et d’Yonnet11. Ces quatre
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 3
poèmes représentent ce que nous appellerions volontiers le « Grand Cycle » des Loherains,
l’ensemble offrant une belle cohérence thématique (sauf peut-être Hervis, plus romanesque),
une continuité généalogique sans faille – ce qui ne veut pas dire sans difficultés12 – et une
conclusion lorraine.
6 Parmi les « Lorrains nouveaux », nous rangeons sans hésiter Anseÿs de Gascogne, et peut-
être la Vengeance Fromondin, dont l’intention, toutefois, est radicalement différente et même
opposée. Ce second cycle des Loherains, beaucoup plus récent que le premier (puisqu’il ne
date, au plus tôt, que des années 1250-1260)13, n’est pas du tout dans l’esprit du premier cycle,
dont il se sert pour régler des comptes qui n’ont plus rien à voir avec les enjeux primitifs : en
bref, l’hostilité du lignage bordelais et du lignage lorrain, hostilité qui constituait le moteur
de la véritable Geste des Loherains, se trouve, dans ces deux poèmes, mise à contribution
pour régler les comptes des seigneurs du Nord et du roi de France (Anseÿs), du roi de France
et du comte de Boulogne (Vengeance Fromondin). En définitive, seul l’énorme succès du
Cycle originel14 a pu justifier cette « récupération » et la fabrication sur mesure (Anseÿs et
la Vengeance Fromondin sont, très vraisemblablement, des œuvres de clercs, ne reprenant
aucune tradition orale préexistante) d’un second cycle après 1250-1260, second cycle qui
doit être regardé non pas comme un prolongement sincère, mais essentiellement comme un
éclatement du « Grand Cycle » qui lui préexiste.
7 Mais il nous faut encore affiner notre estimation, l’existence des deux entités cycliques
évoquées précédemment ne constituant qu’une considération valable pour le début du
XIVe siècle. Revenons à la véritable Geste des Loherains, le premier (Grand) Cycle défini plus
haut : Garin / Gerbert, Hervis, Yonnet.
8 Il est clair pour nous que le cycle primitif ne devait compter que Garin et Gerbert, que la
tradition nous a presque toujours transmis ensemble15 : comptant plus de trente mille vers au
total, ces deux poèmes étaient déjà en mesure de constituer un cycle, d’autant plus qu’avant la
présentation actuelle du texte dans les manuscrits, qui permet d’envisager séparément un Garin
et un Gerbert – en accord avec la présence d’une très grande initiale à la jointure supposée
dans la plupart des témoins parvenus16 –, une autre distinction avait prévalu, qui faisait de cet
ensemble le regroupement non pas de deux, mais de trois entités : Garin I, Garin II, Garin III,
pour reprendre le découpage retenu par Philippe de Vigneulles, qui ne l’a pas inventé17. En
bref, Garin I correspond aux v. 1-9549 de l’édition Iker-Gittleman, Garin II aux v. 9550-15950
environ ; quant à Garin III, il englobe les 2 700 derniers vers de l’édition de Garin le Loherain
et tout le texte du Gerbert (en fait, dans sa version longue encore inédite)18. Pour être tout à fait
précis, ajoutons dès maintenant que le vrai noyau de l’ensemble paraît bien être Garin II, qui
s’ouvre par l’épisode de la mort de Bégon. Philippe Mousket, qui écrivait avant 1243, conforte
cette hypothèse : il ne fait état que de données tirées de Garin II et Garin III ; il accorde,
qui plus est, une place disproportionnée à l’épisode précis de la mort de Bégon (36 vers,
2080-2125), réduisant tout le reste à une vingtaine de vers (2126-2145). On a remarqué
depuis longtemps que Philippe Mousket ignorait totalement Hervis, Anseÿs et la Vengeance
Fromondin (ces deux derniers poèmes étant à peu près certainement postérieurs à l’époque de
composition de la Chronique rimée) ; il n’est peut-être pas inutile de souligner que Philippe
Mousket ignore tout autant le contenu de Garin I, notamment tout le Prologue consacré aux
exploits du duc Hervis. De surcroît, c’est seulement, selon nous, lors d’une seconde étape
d’expansion du cycle primitif – vers ce que nous avons appelé le « Grand Cycle » – qu’il faut
prendre en considération la composition du poème de Hervis (vers 1200-1210) et d’Yonnet
(difficile à dater, mais du XIIIe siècle), poèmes qui sont venus compléter le cycle primitif
par expansion généalogique ascendante, pour le premier, descendante, pour le second. Avant
de nous interroger plus précisément sur ses différents éléments, voici donc comment nous
concevons désormais ce qu’on appelait peut-être un peu trop vite la Geste des Loherains :
Geste des Loherains proprement dite (ou « Grand Cycle des Lorrains »):
– Garin/Gerbert (Cycle primitif)
– Hervis/Yonnet (Expansion en cohérence avec le Cycle primitif)
Pseudo-Geste des Loherains:
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 4
– Anseÿs de Gascogne
– Vengeance Fromondin
9 Il faut encore, en préliminaire, dégager le fonctionnement de l’ensemble de la Geste
proprement dite : la matière paraît s’être organisée par strates et remaniements successifs
autour d’un noyau ancien. Dans ce qui suit, nous faisons état, sous forme d’hypothèses, des
convictions que nous avons pu asseoir solidement, nous l’espérons, pour certaines d’entre
elles, depuis plus de vingt ans que nous menons nos recherches sur les Loherains ; mais,
à l’occasion, nous n’hésiterons pas à proposer quelques perspectives que nous n’avons pas
encore pu examiner jusque dans les détails19. Nous espérons rendre compte ainsi d’une manière
cohérente et convaincante de l’évolution de la matière épique considérée.
10 Après cette mise au point nécessaire, nous pouvons reprendre un par un les divers éléments
que l’on peut individualiser dans la Geste, à commencer par ce que nous considérons comme
le noyau de celle-ci.
Hypothèse 1. Un noyau très ancien:
la Mort Begon (non lorrain)
11 Nous remettons en cause, dans cette première rubrique, non pas la datation du poème de Garin
au XIIe siècle, datation traditionnellement admise, mais celle d’un de ses composants, la Mort
Begon. Pour ce faire, nous considérons qu’il y a bien, à l’origine, un événement authentique,
probablement le meurtre d’un grand personnage, qu’il se soit appelé Bégon ou autrement.
Sinon, on comprendrait mal pourquoi le poète se serait astreint à un carcan “réaliste” comme
celui que nous allons examiner rapidement maintenant, et qui concerne surtout l’épisode de
la mort de Bégon.
12 Le meurtre du duc Bégon lance réellement la guerre inexpiable entre les Loherains et les
Bordelais ; jusque-là, il ne s’agissait que d’une concurrence – féroce et volontiers violente,
il est vrai – entre deux puissants lignages féodaux. C’est probablement parce qu’il en avait
compris l’importance qu’Edward Le Glay traduisit et publia séparément l’épisode dès 183520
(cinq ans avant la “résurrection” du Roland d’Oxford…) : c’est là une des plus belles pages
épiques françaises21. Mais il y a plus : c’est probablement aussi l’une des plus anciennes, sinon
la plus ancienne. On nous pardonnera de ne faire qu’évoquer ou reprendre ici rapidement nos
principaux arguments plaidant en ce sens22. Un certain nombre de traits suggèrent fortement
la grande ancienneté de l’épisode, même s’il paraît nous être parvenu en partie délabré. Ainsi,
le héros, partant de “Gaudemont”, c’est-à-dire Gademont, lieu-dit situé sur le territoire de
Raismes (face à Valenciennes, de l’autre côté de l’Escaut)23 et se dirigeant vers l’Ouest, ne
peut pas ignorer l’abbaye de Vicoigne, sauf, bien sûr, si elle n’existe pas : or, l’abbaye a été
instituée en 1132 ; de plus, on aurait du mal à croire qu’un sanglier qui ravage la région ait pu
élire son gîte à un jet de pierre de l’abbaye sans être inquiété.
13 En outre, l’abbé Lietri de Saint-Amand dans l’épisode renvoie, à l’évidence, à Liederic, abbé
d’Elnon entre 952 et 956. On nous rétorquera peut-être que le poète a pu trouver ce nom dans
les archives de l’abbaye : soit. Toutefois, toutes les archives de l’Abbaye de Saint-Amand
disparurent dans les flammes lors du grand incendie de 1066, ce qui inviterait à remonter assez
haut la “fabrication” de l’épisode. Mais, même dans ce cas, il y aurait bien eu un événement
authentique à la base du récit épique, sinon, pourquoi arrêter son choix sur cet abbé plutôt que
sur un autre ? Les noms mêmes de Liederic et de sa mère Liétarde, en effet, ne peuvent pas
ne pas faire penser aux prénoms Liétard/Liutard, qui, à la fin du IXe et au début du Xe siècle,
paraissent attachés au comté de Metz et à la famille du seul Bégon historique de quelque
importance († 816)24. Ce sont là des rencontres troublantes qu’on ne peut négliger. En outre,
il doit y avoir eu une première mise en forme écrite ou orale du récit de l’événement : sinon,
pourquoi un poète se serait-il imposé, comme on va le voir, un cadre “réaliste” en contradiction
avec l’expérience de son public ?
14 En effet, en poursuivant le sanglier, Bégon ne traverse aucun cours d’eau qui se présenterait
sur sa route : or, il suffit de regarder une carte pour s’apercevoir que le périple de Bégon et du
sanglier entre Raismes et les bois de Lens oblige à traverser la Scarpe. Le texte de la Vulgate,
c’est-à-dire, pour ce passage, la totalité des manuscrits de Garin le Loherain (ce que nous
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 5
avons appelé plus haut le « Cycle primitif des Lorrains »)25, présenterait donc une sérieuse
contradiction avec le paysage réel : à quoi bon nous avoir dit que Bégon traverse la Gironde
(v. 9638), la Somme à Cléry (v. 9652) et l’Escaut (v. 9713), à quoi bon localiser l’action avec
la précision des (micro)toponymes (Raismes v. 9719, Gaudemont v. 9752)26, si c’est pour se
montrer si approximatif sur le terrain de la chasse tragique ? À moins d’admettre chez l’auteur
de Garin le Loherain, si l’on refuse notre hypothèse d’un noyau très ancien réutilisé beaucoup
plus tard, une démarche “réaliste” totalement inconnue dans la littérature et l’esprit épiques,
consistant à adjoindre au récit des éléments réalistes “archaïques” que seul un auteur désireux
de faire œuvre de faussaire pouvait connaître à la fin du XIIe siècle. Il convient donc d’examiner
le texte de plus près.
15 En fait, il n’est pas dit que Bégon traverse un cours d’eau, mais que ses chevaliers, dès qu’il
les a distancés, s’embourbent à qui mieux mieux, contraints finalement de renoncer à suivre
la chasse (v. 9760-9768). Le terrain est donc très marécageux. Si Bégon échappe aux pièges
de la boue et des fondrières, c’est sans doute qu’il suit des yeux son sanglier et qu’il ne le
perd jamais de vue : or, le sanglier connaît les lieux et son instinct, de toute façon, doit lui
faire trouver tout naturellement les gués ou les endroits les plus praticables. C’est ici qu’il
convient de rappeler que la Scarpe n’est, au fond, qu’une vallée marécageuse, dans laquelle,
à l’origine, serpente une infinité de bras secondaires. Avant les travaux initiés par le comte
de Flandre Arnoul le Grand († 964), avant le détournement de la Sensée, destiné à rendre la
Scarpe navigable, cette dernière, pour dire les choses sans ambages, n’existe pas. En 952-956
(abbatiat de Liederic de Saint-Amand), la situation est donc bien celle qui est décrite dans la
Vulgate : une vallée marécageuse, pas de cours d’eau principal faisant obstacle.
16 Cette argumentation peut paraître spécieuse : pourtant, le remanieur à qui nous devons la
famille INT s’est rendu compte du problème bien avant nous. De son temps, les travaux
devaient avoir produit un changement de paysage tel que le public local ne pouvait plus
admettre la leçon primitive. La Scarpe, grossie des eaux de la Sensée, surcreusée et entravée
de moulins, était devenue, à n’en point douter, une véritable rivière, qu’on n’aurait pu ignorer
et franchir sans s’en apercevoir27. En faisant traverser l’Escaut à Bégon plus au Nord et en
situant le gîte du sanglier « delez Landas », c’est-à-dire près de Landat, localité située sur la
rive gauche de la Scarpe, le remanieur de la famille INT règle la difficulté topographique, et
Bégon peut s’élancer vers les bois de Lens qui se trouvent à quinze lieues de là, sans rencontrer
de véritable cours d’eau sur son chemin.
17 L’épisode de la mort de Bégon n’a, à vrai dire, rien de spécifiquement lorrain, à moins
de rappeler qu’en quittant Valenciennes et en traversant l’Escaut, le duc sort de Lorraine,
c’est-à-dire du royaume de Lothaire, compris entre le Rhin à l’Est et l’Escaut à l’Ouest, tel
qu’il fut précisément défini, après le Traité de Verdun de 843 et avant 855, par Lothaire Ier
en faveur de son fils Lothaire II28. En vérité, cet épisode ne trouve vraiment sa cohérence
géographique qu’à une époque qu’on ne peut guère situer plus bas que le milieu ou le début
du troisième quart du Xe siècle, c’est-à-dire juste avant les travaux qui allaient, dès la fin
du siècle, modifier le paysage réel au point que la version primitive deviendrait (au moins
localement) inacceptable. Si l’on admet qu’une génération, deux tout au plus, sont susceptibles
d’avoir conservé le souvenir de l’événement sous une forme orale, on doit pouvoir dater la
Mort Begon originelle, noyau des Loherains, de la fin du Xe siècle, au plus tard (ou, en tout
état de cause, avant l’incendie de 1066, si la première origine écrite reposait sur un document
figurant dans les archives de l’Abbaye de Saint-Amand). C’est à peu près l’époque où les
derniers descendants de Charlemagne perdent le pouvoir, au profit de la famille capétienne.
Cette première conclusion permet, en outre, de dégager la famille INT et de la considérer
comme un remaniement postérieur à la constitution de la Vulgate, elle-même présentant la
première intégration de l’épisode de la mort de Bégon dans ce qu’il convient d’appeler le
« Cycle primitif » des Loherains.
18 Combien de temps, si notre hypothèse se tient, la Mort Begon est-elle restée une œuvre isolée,
nous l’ignorons. Il a pu y avoir maintien des choses en l’état, maintien d’une tradition locale
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Variations, vie et mort des Loherains 6
pendant les XIe et XIIe siècles, jusqu’au moment où un poète, Jean de Flagy ou un autre, aura
mis en ordre la matière de Garin, telle que nous la connaissons.
Hypothèse 2. Une lente maturation
e_ e
ou une mutation brusque au cours des XI XII siècles?
19 Dans cette deuxième rubrique, nous reprenons, grosso modo, les conclusions admises par
la plupart des médiévistes concernant la gestation et l’évolution des Loherains aux XIe-XIIe
siècles. C’est, en fait, essentiellement durant le XIIe siècle que l’on s’accorde à situer la mise
en forme de ce que, plus haut, nous avons appelé la Vulgate ou le « Cycle primitif ». Encore
faut-il nuancer et distinguer, une fois de plus.
20 Les dates retenues par les uns et les autres pour Garin le Loherain varient cependant
considérablement à l’intérieur du XIIe siècle29. Mais on doit pouvoir accorder les avis
divergents en retenant l’idée que le cycle que constituent Garin I et II n’est pas sorti tout
armé de l’esprit d’un seul poète. On a identifié depuis longtemps un groupe d’une vingtaine
de personnages historiques de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle, qui apparaissent avec
leurs noms et leurs titres dans la fiction30. On ne s’est probablement pas assez inquiété du fait
que ces personnages se présentent le plus souvent groupés dans des listes, et seulement dans
quelques épisodes, ce qui suggère des strates dans la composition, plutôt qu’une composition
en une seule fois. À vrai dire, ces personnages, pour reconnaissables qu’ils soient, ne sont en
général que des comparses, que l’on a dû intégrer dans le récit pour l’ancrer, par cet artifice,
dans la réalité historique, à moins que ce ne soit pour flatter ou malmener tel ou tel puissant
personnage ou lignage. De plus, sur les vingt-sept personnages identifiés par J. Zezula dans
sa récapitulation31, on note dix Loherains parmi les treize personnages les plus anciens (IXe-
premier quart du XIe siècle), mais à l’inverse onze des quinze personnages les plus récents sont
des Bordelais (deuxième quart du XIe-première moitié du XIIe siècle) : même si la raison nous
en échappe, cela a bien dû avoir un sens dans les intentions du poète ou, pour mieux prendre
en compte la gestation de ce qui constitue pour nous la Vulgate actuelle, les intentions des
auteurs successifs, et cette situation suggère au moins deux grandes étapes pour la constitution
de cette Vulgate.
21 Quoi qu’il en soit, ces personnages peuvent aussi nous éclairer sur la date de la mise en
forme de la Vulgate, si nous parvenons à identifier les plus récents. Pour notre part, nous
retiendrons que Begon compte parmi ses parents et alliés un Tiebaut d’Aspremont, seigneur
de Dun (v. 4567-4571) : or, l’Histoire nous apprend que cette conjonction de nom et de titre ne
se produit pas avant Gobert IV d’Aspremont († 1162), qui avait obtenu Dun par son mariage.
Plus intéressant, parce que permettant de resserrer encore la chronologie, l’archevêque Henri.
Dans Garin, l’archevêque Henri de Rains ne peut avoir pour modèle que Henri de France,
archevêque historique de Reims, et frère du roi Louis VII ; le fait que l’archevêque de Reims
joue un rôle peu reluisant dans le poème – il refuse de participer financièrement à la défense du
royaume – inciterait à chercher le poète à qui on doit le Prologue et, probablement, la première
mise en forme de ce que nous appelons le « Cycle primitif », ailleurs que parmi les amis de
la famille capétienne32.
22 Cette dernière information fournirait un terminus tout à fait acceptable pour la dernière mise
en forme de la matière léguée par un siècle au moins de gestation et de remaniements. C’est
cette ultime mise en forme de la Vulgate que nous attribuerions volontiers à ce Jean de Flagy
dont le nom se lit après le dernier vers de Garin le Loherain dans les manuscrits EMPF.
Qu’il ait inventé tout ou partie de sa matière ou qu’il ait plutôt, comme nous le pensons,
seulement organisé une matière éparse en cousant entre eux des éléments à l’origine disparates,
c’est cependant ce que l’on ne peut pas trancher en toute certitude. On ignore donc la nature
exacte et les limites de l’intervention de ce Jean de Flagy, comme on ignore l’époque où il a
vécu33. Cependant, on peut légitimement penser que la conservation de son nom dans plusieurs
témoins fait plus que suggérer une simple participation à la tradition de l’œuvre. Nous voulons
croire que c’est lui qui a donné sa forme actuelle à la Vulgate.
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 7
23 Le cas de Gerbert est différent, sans être plus simple. On s’accorde en général à le dater entre
1185 et 121034, mais ce choix repose surtout sur le fait qu’on y voit une chanson moins sauvage
et plus romanesque que Garin, d’où l’on voudrait inférer une date de composition plus basse. Il
est vrai que Gerbert n’a pas le caractère sombre et tragique de Garin, mais nous ne pensons pas
pouvoir le dater par rapport à ce dernier en nous appuyant sur son contenu ou son style. Gerbert
contient des éléments visiblement plus anciens que la fin du XIIe siècle, à commencer par
l’épisode du crâne de Fromont, transposition de la légende de Cunnimond, tirée de l’Historia
Longobardorum de Paul Diacre à une époque où, vraisemblablement, l’on comprenait encore
le sens des divers éléments composant les anthroponymes d’origine germanique35. Gerbert,
que peu de chose, au fond, sauf la généalogie de son héros éponyme, rattache à la Lorraine, a
pu coexister avec Garin avant qu’un remanieur (Jean de Flagy ?) ne travaille à relier les deux
poèmes, avec, en aval de la tradition, l’accident étrange – une transition qui paraît bégayer –
que signale Félix Lecoy dans son article de 195636.
24 À la fin du XIIe siècle, malgré quelques divergences parfois importantes (familles NT, QS,
notamment)37, la Vulgate de Garin/Gerbert, devait se présenter grosso modo sous la forme
que nous lui connaissons d’après les témoins parvenus et avec le contrôle qu’on peut en faire à
l’aide des énumérations qui figurent à la fin de certains manuscrits38. On peut donc considérer
qu’au tournant des XIIe et XIIIe siècles, était constitué ce que nous avons appelé plus haut le
« Cycle primitif des Lorrains »39, car c’est bien l’existence de ce premier cycle qui explique
les expansions ascendante et descendante qui vont, au XIIIe siècle, constituer la Geste des
Loherains proprement dite.
Hypothèse 3. Le « Grand Cycle des Loherains » au complet
e
(premières décennies du XIII siècle – “enracinement” lorrain)
25 Dans cette rubrique, nous reprendrons d’abord les résultats de nos précédents travaux sur le
poème de Hervis.
26 D’après l’état des alliances que l’on constate dans l’épisode (remanié) du Tournoi de Senlis40,
la composition de Hervis de Metz doit pouvoir être datée, au plus tard, du milieu de la seconde
décennie du XIIIe siècle, mais rien ne s’oppose à ce qu’on la remonte autour des années 120041.
L’existence du premier cycle examiné dans ce qui précède appelait, à Metz en particulier,
une expansion cyclique ascendante. Mais il convient de constater que ce prolongement n’est
plus vraiment dans l’esprit des deux premiers composants du cycle : Hervis est une chanson
d’aventures plus qu’une véritable chanson de geste ; de plus, dans ce texte, les Bordelais sont
totalement absents, les enjeux étant radicalement étrangers à ceux de Garin et Gerbert. La
revendication du narrateur à l’ouverture de la version N du poème (« Mais j’en dirai, que
bien l’ai espiié Toute l’estoire qu’a Mes est remenbré ») n’est sans doute pas une parole
vaine. De fait, le poème de Hervis est infiniment plus lorrain, messin en vérité, que les textes
auxquels il vient donner une ascendance, sans toutefois présenter avec eux de contradictions
inacceptables42. Mais son intégration dans le cycle s’est faite en deux temps : dans le manuscrit
E, le plus ancien (XIII²), par simple juxtaposition43 avec Garin/Gerbert ; puis dans NT (début
du XIVe siècle au plus tard), par l’adjonction d’une sorte de transition de 1500 vers environ44 :
ce mode opératoire d’intégration progressive a probablement été commun à Hervis et aux
précédentes avancées dans la constitution d’un véritable cycle des Lorrains.
27 Dans la même perspective, il fallait une conclusion lorraine aux Loherains. C’est chose
faite avec Yonnet de Metz. Ce poème n’est parvenu jusqu’à nous, sous une forme versifiée,
que défiguré dans la rédaction N, où il sert de pré-texte à une version écourtée d’Anseÿs.
Heureusement, nous disposons de la mise en prose de Philippe de Vigneulles (datée de 1515),
et le travail du chaussetier messin, dont nous préparons une édition45, a sauvé de l’oubli un
texte qui donne tout son sens à la notion de « Grand Cycle des Lorrains ».
28 En effet, dans Yonnet, tout se termine à Metz. Les personnages paraissent mettre un soin
tout particulier à refaire à l’envers le chemin des premiers héros : dans Garin, les Loherains
progressent vers l’Aquitaine, avec les guerres interminables qui en découlent ; dans Yonnet,
un des derniers Loherains installés en Gascogne, le roi Gerbert, vient se faire tuer à Lens, fief
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originel des Bordelais. C’était déjà le chemin suivi par le duc Bégon qui, de Belin-Beliet en
Aquitaine, venait chercher la mort dans les bois de Lens.
29 On peut estimer que Yonnet de Metz, qui devait compter environ 2250 vers, représente la seule
conclusion interne de la Geste des Loherains proprement dite, qu’elle institue en cycle fermé
définitivement : Hervis de Metz, Garin I, II, III et Yonnet de Metz. La “vraie” Geste se réduit
donc aux cinq textes cités, dont le premier (Hervis) et le dernier (Yonnet) font de Metz le point
de départ et d’arrivée du « Cycle » qu’ils constituent par leur existence même. Si ce « Grand
Cycle des Lorrains » est cohérent, ou mieux, s’il en existe un état cohérent, c’est bien celui
que propose l’existence du Yonnet.
Hypothèse 4. L’éclatement (enjeux non lorrains)
30 La place de la Vengeance Fromondin et du poème d’Anseÿs de Gascogne, que l’on considère
en général comme deux des trois fins possibles de la Geste des Loherains (avec Yonnet de
Metz), est problématique46.
31 Pour Anseÿs de Gascogne, l’affaire est entendue47, car c’est une œuvre assurément
d’inspiration flamande : vocables flamands, traits dialectaux repérables dans les assonances,
idéologie flamandophile enfin, qui en fait un immense poème à la gloire des féodaux du nord
du royaume de France, et plus précisément d’un comte de Flandre imaginaire, Bauche li Cors,
parangon de vertu chevaleresque, de générosité, auquel le récit accorde, qui plus est, la palme
du martyre. Il nous semble donc qu’on ne prend pas beaucoup de risques à voir dans Anseÿs
de Gascogne une revanche imaginaire sur le passé et une option idéologique sur l’avenir,
minimisant au moins en intention la relative perte d’importance d’un grand feudataire du Nord,
le comte de Flandre. Dans la Vengeance Fromondin, on peut tout aussi bien lire une cinglante
remise en ordre idéologique du présent, assurant quant à elle la promotion du roi de France.
32 Pour la Vengeance Fromondin, nombre de données vont à l’encontre de l’esprit même de la
Geste, ainsi : outre le caractère positif du roi Pépin, l’absence de mention de la Lorraine, la
supériorité numérique de la famille lorraine, pour ne rien dire des contradictions de parentés
chez les Boulonnais / Bordelais, du brusque revirement de Ludie, qui change de camp de
manière totalement inexplicable à la fin du texte.
33 Si la cohérence des lignages n’est pas son souci premier, c’est parce que notre poète ne fait
qu’emprunter la machinerie épique des Loherains pour parvenir à ses fins. En effet, le grand
bénéficiaire du poème, c’est le roi de France. La partialité du poète, qui fait de Pépin un roi
à l’autorité redoutable, n’est pas de la même nature que celle qui, dans Garin le Loherain
ou dans Gerbert de Metz, donne le beau rôle aux Loherains et le mauvais aux Bordelais.
Dans la Vengeance Fromondin, au fond, le poète utilise les personnages de la fiction pour
servir son dessein politique et publicitaire au profit de la monarchie capétienne. En ce sens,
la Vengeance Fromondin, même si l’on a pu (feindre de) s’y tromper dans un atelier messin
dès le dernier tiers du treizième siècle, nous semble une candidate suspecte pour conclure
la Geste des Loherains. Comme Anseÿs de Gascogne, poème pour lequel on peut émettre
les mêmes réserves, la Vengeance Fromondin n’entre pas dans la logique de la Geste : elle
l’instrumentalise.
34 Alors que Yonnet referme la geste sur elle-même, Anseÿs de Gascogne et la Vengeance
Fromondin l’ouvrent sur les enjeux de l’Histoire du XIIIe siècle, la récupèrent pour
leurs démonstrations partisanes, la dissolvent dans des préoccupations qui n’étaient pas
essentiellement – du moins avec des vues aussi étroites – celles des auteurs de Garin le
Loherain et de Gerbert de Metz, même si ces poèmes pouvaient n’être pas dépourvus d’enjeux
divers.
35 En vérité, tout se passe comme si l’auteur de la Vengeance Fromondin voulait, coûte que coûte,
en finir avec les Loherains et les Bordelais / Boulonnais, qui ne sont plus d’aucune utilité à son
projet de courtisan. Avec le meurtre de Gerbert, il interdit tout prolongement cyclique, d’une
part en réglant la vengeance des fils du roi de Gascogne en quatre vers (v. 6630-33), d’autre
part en faisant basculer la matière des Loherains dans la Geste de Garin de Monglane (Garin,
fils de Gerbert, serait devenu seigneur de Monglane), ce qui rend illégitime un prolongement
comme celui d’Anseÿs de Gascogne.
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36 Enfin, par le personnage de Gérin, qui aurait péri à Roncevaux aux côtés de Roland, le
poète achève de verrouiller la Geste des Loherains en la reliant au Cycle de Charlemagne.
Nommons-le Cycle du Roi : c’est, pour le poète et sa démarche latente de glorification du
roi de France contre les seigneurs du Nord, comme le dernier mot de son entreprise. Mais le
« Grand Cycle des Loherains » y a perdu son âme…
Une survie paradoxale/Espoir d’un renouveau
37 Sur l’importance du Cycle dans la littérature du XIIIe siècle, on ne peut avoir aucun doute : les
Loherains ont connu un succès tout à fait extraordinaire, non seulement en France – on devrait
dire dans le domaine francophone, pour tenir compte des frontières du royaume de France à
cette époque –, mais encore dans le domaine d’oc et dans le Nord-Ouest de l’Europe.
38 Il nous est parvenu l’intégralité ou un état fragmentaire d’une cinquantaine de manuscrits
français en vers, sans compter ceux qu’on peut légitimement penser perdus, mais dont on a la
trace dans divers inventaires anciens. Il est à noter que la plupart des témoins en vers qui nous
sont aujourd’hui accessibles datent du XIIIe siècle ou de la première moitié du XIVe. Chacune
des chansons du Cycle, sauf Yonnet (perdu) et la Vengeance Fromondin48, nous a été transmise,
si l’on additionne manuscrits intègres et fragments, par un nombre de témoins important :
Hervis par cinq témoins49, Garin par vingt-neuf, Gerbert par trente-trois, Anseÿs par cinq.
39 Mais le succès du Cycle se constate aussi, outre par l’identification de remaniements majeurs
déjà évoqués, qui confirment sa vitalité (INT, QS notamment)50, par le fait que les Loherains
ont connu trois mises en prose :
– celle qui se lit dans le manuscrit Arsenal 3346 : elle paraît dater de la fin du XIVe siècle ou de
la première moitié du XVe ; son origine est à peu près impossible à localiser51. C’est un travail
de bonne tenue, qui abrège considérablement les textes retenus (Gari – Gerbert – Anseÿs).
– celle qu’on cite sous le nom de David Aubert, quelle que soit la part réelle qu’il y ait
prise ; elle a dû être copiée dans les années 1463-1465, à la Cour de Philippe le Bon, duc de
Bourgogne52. C’est un travail parfaitement structuré, dont la phrase n’est pas toujours exempte
de lourdeurs (Gari – Gerbert – Anseÿs).
– celle que le Messin Philippe de Vigneulles tira en 1514-1515 de manuscrits apparentés au
groupe lorrain et aujourd’hui perdus. Dans l’esprit de son auteur, elle est toute dédiée à la
gloire de Metz, mais il faut reconnaître que ce que l’on perd en légèreté, on le gagne souvent
en précision par rapport aux autres proses ; elle ignore Anseÿs de Gascogne et la Vengeance
Fromondin, mais elle est la seule prose à connaître, outre Garin/Gerbert, les textes liminaires,
les plus lorrains (Hervis et Yonnet, dont elle est, en outre, notre seul témoin intégral)53.
40 Succès assuré donc jusqu’au début du XVIe siècle. Sans faire état de rencontres dans lesquelles
on ignore, en définitive, quel poète a copié sur l’autre, on doit encore signaler que la Mort
Begon, par exemple, a sans doute inspiré, dans le domaine d’oc, le récit de la mort du duc
Buevon dans Daurel et Beton ; on ne peut, de surcroît, que voir le héros central de notre Geste
dans le “Garin le Lieurant” qui, sous le règne de Charlemagne et aux côtés de Guillaume
au Court Nez, lutte contre les Sarrasins en Provence, dans le Roman d’Arles (vers 1375)54 ;
au Nord, le récit de la chasse au sanglier monstrueux dans Perceforest paraît redevable à
l’épisode correspondant des Loherains55; de même, certains emprunts à notre Cycle ont été
depuis longtemps repérés ici ou là, ainsi, dans Ogier le Danois, qui recycle plusieurs centaines
de vers de Gerbert56. On signalera aussi Jehan de Lanson (premier tiers du XIIIe siècle), le
fabliau des Deux bordeors ribaus (XIII²), Berte au grans piés d’Adenet le Roi, ouvrages qui
font état de leur connaissance de la Geste des Loherains57. Au XVe siècle, François Villon
évoque ensemble Berthe au grand pied, Béatrix et Alix, trois figures féminines qui ne forment
un groupe que dans Hervis (respectivement nièce, femme, et mère du héros)58.
41 Les chroniqueurs n’ont pas dédaigné, eux non plus, la matière lorraine, qu’ils ont souvent
considérée comme un document historique ; qu’il nous suffise d’évoquer la Chronographia de
Gui de Bazoches (seconde moitié du XIIe siècle), le Chronicon d’Aubri des Trois-Fontaines
(première moitié du XIIIe siècle), la Chronique métrique de Philippe Mousket (avant 1243),
pour les plus anciens, et d’ajouter – qu’on en possède un témoignage direct ou non, que
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les attributions soient authentiques ou non – Jean d’Outremeuse, Hugues de Toul, Jacques
de Guyse, Baudouin d’Avesnes, Symphorien Champier, Édouard de Boulay, Jean Bouchet,
Richard de Wassebourg… et quelques autres qui, à l’occasion, ont utilisé les Loherains comme
source, avec plus ou moins de précautions59.
42 On pourrait prolonger la liste dans le temps, en citant quelques auteurs qui, ici ou là,
mentionnent notre Cycle ou certains de ses héros ; ainsi, on rappellera l’intérêt que le magistrat
Claude Fauchet († 1602) trouvait à la lecture de Garin (dont il possédait un manuscrit,
l’actuel BNF fr 1442 = P), les références diverses faites à notre matière dans les ouvrages
de Du Cange60, Du Chesne, Martin Meurisse, Dom Calmet… Nous ne prétendons pas à
l’exhaustivité.
43 Le constat est clair : les Loherains ont laissé de multiples traces, pendant des siècles, dans
la littérature de langue française, chez les chroniqueurs et historiens (en français et en latin).
Mais il faut encore prendre en compte l’essaimage du Cycle (ou d’une partie seulement de
celui-ci) en dehors du domaine francophone, à travers l’Europe du Nord-Ouest.
44 Ainsi, nos Loherains sont à la base des Lorreinen néerlandais. En vérité, le Roman der
Lorreinen (on l’appelle Roman, parce qu’en néerlandais il n’existe pas de mot pour traduire
chanson de geste), semble se composer de trois grandes parties, la première seule dérivant à
coup sûr de notre Garin (pour le modèle suivi par les Lorreinen, on peut exclure ACIORT, qui
ignorent l’abbé Lietri). Les deux autres parties devaient, d’après l’annonce initiale, amener le
récit jusqu’au règne de l’empereur Frédéric. Il est vrai que les Lorreinen ne nous sont parvenus
qu’à l’état fragmentaire et que, d’un autre côté, rien ne peut nous assurer que toute la matière
épique française ait été conservée61.
45 Qu’il y ait eu parallèlement pénétration de la zone d’influence flamande par nos Loherains, on
s’en convaincra encore par le petit poème assonancé qui se lit dans le manuscrit BNF fr 12615 :
ce texte, où la préposition van remplace volontiers la préposition française de, montre que
nos héros tenaient, au XIIIe siècle, une bonne place dans la matière épique, puisque Gerbert,
Gérin, Fromont de Lens et Fromondin y sont mis sur le même plan que Guillaume d’Orange,
Charlemagne et Pépin :
Assés l’avés oït van Gerbert, van Gerin
Van Willaume d’Orenge qui vait le chief haiclin,
Van conte de Bouloigne, van conte Hoillequin
Et van Fromont de Lens, van son fils Fromondin,
Van Karlemaine d’Ais, van son pere Pepin…62
46 Pour terminer sur la diffusion des Loherains hors du domaine francophone, contentons-nous
de mentionner encore deux “preuves”, plus ou moins assurées, il faut en convenir :
– un énigmatique Livre de Englys del forster et del sangler, livre en anglais parlant d’un
forestier et d’un sanglier, ouvrage dans lequel on a voulu voir une version anglaise de la Mort
Begon63.
– le nom de Lohengrin, dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach ; Lohengrin
représenterait une altération de Loherain Garin, mais l’affaire n’est pas tirée au clair, d’autant
qu’il pourrait y avoir une source commune plus ancienne64.
47 En vérité, la grande énigme, ce serait de comprendre pourquoi, après avoir été présents pendant
plus de cinq siècles – au grand jour ou de manière plus souterraine dans la culture des lettrés –,
les Loherains n’ont pas eu, malgré leur passage à la prose, les honneurs de l’imprimé à l’époque
où Galien le Restoré, Garin de Monglane, Ogier le Danois et autres Renaut de Montauban,
connaissaient plusieurs éditions.
48 Lassitude du public ? Hésitation sur le statut de la matière dont on ne savait plus si elle
était littéraire (d’imagination et de divertissement) ou historique (d’étude) ? Volonté de la
culture officielle d’effacer le souvenir de textes dans lesquels la monarchie ne donne pas,
et c’est peu dire, la meilleure image d’elle-même ? Changement de goût qui relègue les
romans de chevalerie parmi les « vieilleries » (mais pourquoi notre Cycle précisément ?) et les
ouvrages « gothiques » ? On ne peut trancher, mais toutes ces explications, et d’autres encore,
probablement, pourraient peut-être rendre compte de l’oubli partiel de nos Loherains à la fin
de l’Ancien Régime.
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49 Quoi qu’il en soit, l’intérêt que le romantisme va trouver au Moyen Âge explique la renaissance
du Cycle dès 1833. Mais c’est une fausse renaissance, car les Loherains vont d’abord être
occultés par la place prise, dès 1840, par le Roland d’Oxford dans les études consacrées à la
littérature médiévale. En outre, il y avait alors tant à faire que ce qu’on peut appeler “l’école
française” travaillant sur les Loherains, après avoir publié partiellement Garin le Loherain
(Paulin Paris, Édélestand du Méril), piétinera et ne produira plus rien en matière d’édition, si
ce n’est un projet avorté concernant Hervis65. Toutefois, la première étude d’ensemble de la
tradition des Loherains est française, due à François Bonnardot66. Si les limites de son travail
ont souvent été soulignées, il a eu l’insigne mérite de tenter, pour la première fois, une mise
en ordre de la tradition manuscrite complexe alors disponible.
50 Parallèlement, en Allemagne, après la guerre de 1870, autour notamment du jeune professeur
Edmund Stengel67, se mit en place une solide équipe de romanistes, qui se consacra dès lors
très largement à la matière des Loherains. Il s’ensuivit une floraison d’articles, d’études,
d’éditions partielles et de thèses outre-Rhin, sous la plume de W. Benary, O. Böckel, H. Hub,
K. Jahn, W. Vietor, et Stengel lui-même68. Il semblerait que la guerre de 1870 et le caractère
difficile de certains médiévistes, tant en France qu’outre-Rhin, aient rapidement compromis la
collaboration entre “l’école française” et “l’école allemande”69. De toute façon, Stengel devint
aveugle en 1903 et les travaux qu’il dirigeait se tarirent rapidement.
51 Un peu plus tard, à partir de 1931, à la Columbia University, une “école américaine” se
constitua autour du Professeur Pauline Taylor, avec le projet de publier l’intégralité du
Cycle des Loherains. On doit à cette équipe : une excellente édition (partielle) de Garin
le Loheren (Josephine E. Vallerie 1947), une édition de la fin de Garin et de l’intégralité
de Gerbert (Pauline Taylor 1952), l’une et l’autre malheureusement fondées sur A, peu
représentatif de l’ensemble de la tradition manuscrite ; une édition insuffisante de la Vengeance
Fromondin (Simon R. Mitchneck 1935) et une édition d’Anseÿs (Herman J. Green 1939),
où le texte est souvent mal compris, reposant, de surcroît, sur le plus atypique des témoins
(qui écourte le poème originel de près de treize mille vers). Nous ne sommes pas sûr que
le projet initial de l’équipe de la Columbia University ait été complètement accompli70,
mais il faut reconnaître que l’impulsion donnée par Pauline Taylor a permis les travaux,
souvent riches et convaincants, de Jindrich Zezula et, plus largement, de Ruth Parmly, Russel
K. Bowman notamment, qui ont cerné avec une précision satisfaisante la place de nos textes
dans l’ensemble de la littérature épique française. Plus récemment, Catherine M. Jones s’est
attelée à l’étude de Hervis et de quelques points concernant d’autres poèmes de la Geste.
52 En France, au siècle dernier, aucune “école française” ne s’est dessinée, et il semble ne
pas s’être passé grand-chose autour des Loherains avant la fin des années soixante, avant
les travaux de Joël H. Grisward ; puis ont paru l’adaptation en français moderne de Hervis
(Philippe Walter 1984), les traductions de Garin et de Gerbert (Bernard Guidot 1986 et 1988).
En 1990, un premier grand colloque français faisait le point sur l’état des travaux consacrés
à la Geste des Loherains, colloque organisé à Nanterre, par le Professeur François Suard.
Dans les actes de cette manifestation, Bernard Guidot propose une première synthèse de
grande ampleur, « L’extension cyclique de la geste des Lorrains : abandons, résurgences,
irradiation »71, qui développe, dans une perspective différente, ce que nous tentons de faire ici.
53 On constate qu’après ce colloque, on a assisté à une nouvelle éclosion de publications
consacrées aux Loherains, dont nous dressons l’inventaire dans le Complément
bibliographique qui clôt cette étude. Une mention toute spéciale doit être faite de l’édition
de Garin le Loherenc, parue dans une collection française (CFMA, Honoré Champion), et
procurée par une collègue américaine (Anne Iker-Gittleman, 1995-96). Le regain d’intérêt
des chercheurs pour les Loherains se traduit d’une manière éclatante : la Bibliographie
dressée par Bernard Guidot en 1990 comportait 150 entrées (éditions, traductions, ouvrages,
articles, comptes rendus) pour une période de cent cinquante-cinq années, notre Complément
bibliographique en comporte lui aussi 150 pour une période de quatorze années seulement. Il
est vrai que les publications universitaires de tous ordres ont eu tendance à voir leur nombre
exploser dans les trente dernières années : on doit donc se réjouir que les Loherains n’aient
pas laissé passer cette occasion de revenir au premier plan des études littéraires médiévales.
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54 Pour conclure, nous nous contenterons de souligner les difficultés et retards rencontrés pour
la transmission du Cycle des Loherains jusqu’à nous, difficultés et retards liés à l’Histoire
des deux derniers siècles, bien évidemment, mais aussi et surtout à la complexité de la
tradition manuscrite elle-même – nos prédécesseurs allemands n’ont pas abouti à une synthèse
cohérente, et nos collègues américains y ont en partie renoncé72. Les poèmes de la Geste des
Loherains proprement dite et de ses expansions – plus ou moins légitimes, au moins du point
de vue de l’esprit initial, ce qui ne remet nullement en cause leur valeur intrinsèque – ne
constituent pas des œuvres de lecture facile et rapide. Nul doute, cependant, que la moisson ne
soit encore très prometteuse, pour qui acceptera d’entrer dans le cercle magique et d’y prendre
ses quartiers suffisamment longtemps.
Bibliographie
Figurent ici toutes les publications consacrées en priorité aux Loherains, dont nous avons trouvé trace
notamment dans le Bulletin de la Société Internationale Rencesvals depuis 1990. Notre Complément, qui
ne retient pas toutes les publications où les Loherains ne sont que cités de manière très secondaire, vise
à prolonger la Bibliographie donnée par Bernard Guidot dans les Actes du Colloque tenu sur la Geste
des Loherains à Nanterre en 1990, Littérales, 10, Nanterre-Paris-X 1992, p. 257-275.
Éditions / thèses
BULTÉ Maggy, Édition des 4 400 premiers vers de la version longue de Gerbert d’après le manuscrit W,
avec choix de variantes dans tous les autres manuscrits, thèse en cours.
DAQUIN Cécile, Édition synoptique des 4 000 derniers vers de Garin le Loherain dans IN, thèse en
cours.
HERBIN Jean-Charles, Hervis de Mes, TLF, 414, Droz, Genève 1992.
– Prose des Loherains. Arsenal 3346, Presses Universitaires de Valenciennes, « Parcours » 1995.
– Le début de la Geste des Loherains dans le ms. L-II-14 de Turin (= T), soit les 2 300 premiers vers de
Garin le Loherain, in Première Journée Valenciennoise de Médiévistique (3 avril 1998), Actes publiés
dans Lez Valenciennes, 25, 1999, Presses Universitaires de Valenciennes, p. 131-223.
– Vengeance Fromondin, en cours de publication à la SATF.
– Yonnet de Metz, édition d’après les témoins en prose (en cours).
ION Despina, La parenté dans Garin le Loheren et Gerbert de Mez. Étude littéraire, linguistique et
anthropologique, Thèse de doctorat Nouveau Régime, préparée sous la direction du Professeur Bernard
Guidot (Nancy-II, 2000), présentée dans Perspectives médiévales, 28, 2002, p. 75-79.
IKER-GITTLEMAN Anne, Garin le Loherain, CFMA, 117-119, H. Champion, Paris 1996-97.
NAUDET Valérie, Guerin le Loherain, édition critique et commentaire de la prose de David Aubert
extraite des Histoires de Charles Martel (manuscrit 7 de la Bibliothèque Royale de Belgique),
Publications de l’Université de Provence, 2005.
TRIAUD Annie, Anseÿs de Gascogne, thèse en cours.
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Notes
1 Cf. Paulin Paris, Li romans de Garin le Loherain, Techener, Paris 1853, tome I, p. XVI.
2 Cf. Édélestand du Méril, La Mort Garin le Loherain, Franck, Paris 1846, p. LI, LVII, LVIII, LIX
notamment.
3 Cf. Paulin Paris, « Étude sur les chansons de geste et sur Garin le Loherain », in Le Correspondant,
LVIII, 1863, p. 722.
4 Idem, p. 722.
5 Ibidem, p. 722-723 ; il convient de noter que la publication du Recueil des anciens historiens des
Gaules et de la France (Dom Bouquet) n’était pas encore terminée à l’époque où Paulin Paris écrivait
ces lignes.
6 Ibidem, p. 745, où il désigne Anseÿs comme « la seconde partie de la Geste ».
7 Cf. Paulin Paris, Histoire littéraire de la France, tome XXII, Paris 1895, p. 641 ; il avait, dès 1833,
repoussé l’idée que l’ensemble aurait pu, d’après la présence de très grandes initiales dans les manuscrits,
s’organiser en six chansons successives, cf. Li romans.., ouvrage cité, p. XIX.
8 Elle paraît acceptée, en effet, par Edmund Stengel, et Pauline Taylor, notamment, ainsi que par leurs
émules.
9 Cf. Jean-Charles Herbin, « L’Histoire otage des chansons de geste ou l’inverse ? Le cas d’Anseÿs de
Gascogne et de la Vengeance Fromondin », in Le Nord de la France entre épopée et chronique, Artois
Presses Université 2005, p. 239-265.
10 Cf. Malcolm Vale, The princely court – Medieval Courts and Cultures in North-West Europe,
1270-1380, University Press, Oxford, Appendix VIII, p. 368.
11 Le texte en vers d’Yonnet est perdu ; mais nous possédons la prose qu’en a tirée Philippe de
Vigneulles ; nous travaillons actuellement à une édition de cette prose inédite et qui n’a jamais été prise
en considération dans la constitution de la Geste des Loherains, dont Yonnet offre pourtant la seule fin
appropriée.
12 On pense, notamment, aux variations et contradictions liées aux filles du duc Hervis ; cf. Jean-Charles
Herbin, « Auberi le Bourguignon, personnage de Garin le Loherain », Communication au Colloque
« L’épopée médiévale et la Bourgogne », organisé à Dijon les 14-15 octobre 2004, à paraître.
13 Comme nous l’établissons pour la Vengeance Fromondin dans l’Introduction de l’édition que nous
avons actuellement sous presse.
14 Rappelons que Garin nous est parvenu dans vingt et un manuscrits à peu près complets ou
suffisamment bien conservés pour qu’on puisse utilement les prendre en compte comme témoins de la
tradition (ABCDEFGIJLMNOPQRSTVWX), Garin ayant encore laissé une trace dans huit fragments et
Gerbert dans quatorze, ce qui permet de postuler l’existence d’au moins quarante-trois manuscrits aux
treizième / quatorzième siècles, chiffre tout à fait extraordinaire, si l’on songe aux sept manuscrits de la
Chanson de Roland, pour ne rien dire des témoins uniques, parfois très mutilés, qui nous ont transmis
Gormont et Isembard, la Chanson de Guillaume, le Voyage de Charlemagne…
15 Une seule exception, le manuscrit D (= BNF fr 1461), mais c’est un codex composite, ce qui ne
prouve, en définitive, pas grand-chose.
16 Cette très grande initiale se trouve, dans les manuscrits CDEFJLMPSW, à la suite du dernier vers
du poème de Garin, tel qu’il est donné dans l’édition de Mme Iker-Gittleman ; la jointure correspond
au vers 2471 de l’édition de Gerbert par Pauline Taylor ; sur ce découpage aberrant, voir, entre autres,
Jean-Pierre Martin, « Lire Garin le Loherain hors du manuscrit A », in La Geste des Lorrains, Études
réunies et présentées par François Suard, Littérales, 10, Nanterre-Paris-X 1992, p. 89-114, en particulier,
les pages 90 et suivantes.
17 Au moins un des manuscrits parvenus commence avec Garin II (X = BNF fr 2179, groupe lorrain);
un autre présente une coupure explicite entre Garin I et Garin II (I = Dijon 528) ; les manuscrits
CDGNOQRSVWXZ8 présentent une très grande initiale pour le vers Un jor fu Begue el chastel de Belin,
qui ouvre Garin II ; dans N, il y a même, entre Garin I et II, un petit quatrain qui indique le nom du copiste
et du propriétaire du manuscrit et paraît terminer le texte du premier modèle suivi ; pour davantage de
précisions, voir Jean-Charles Herbin, « Approches de la mise en prose de la Geste des Loherains par
Philippe de Vigneulles », in Romania, 113, 1992-1995, p. 466-504.
18 Nous dirigeons, depuis 2001, la thèse de Maggy Bulté, qui éditera prochainement les 4 400 premiers
vers de la version longue de Gerbert d’après le manuscrit W, avec choix de variantes dans tous les autres
manuscrits donnant cette version.
19 À titre indicatif, le corpus fourni par tous les témoins et fragments des Loherains – dont nous
possédons intégralement copie sous forme de microfilms – représente, pour l’ensemble des poèmes, plus
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 19
de 650 000 vers, auxquels il faut joindre, pour des comparaisons souvent productives, les trois proses qui
nous sont parvenues, dont deux peuvent paraître démesurées (celle de David Aubert occupe près de 1380
feuillets, celle de Philippe de Vigneulles compte, sous format informatique, 2 200 000 caractères…).
20 Cf. Edward Le Glay, « La mort de Bégon de Belin », in Archives historiques et littéraires du Nord
de la France, tome IV, 1835, p. 193-231.
21 Cf. Paulin Paris : « Si j’ose même exprimer toute ma pensée, je ne connais rien de plus beau dans
la poésie épique que les derniers instants de Bégon et le récit des vengeances que sa mort occasionne »,
in Li romans…, ouvrage cité, tome I, p. XIX.
22 On se reportera, entre autres, à J. C. Herbin, « Itinéraires dans la chanson de Garin le Loherain »,
in La géographie dans les textes médiévaux, Wodan, Série 3, vol. 38, Reineke Verlag 1996, p. 59-82 ;
– « “Trois fuelles d’erbe a pris entre ses piez”. Recherches sur la Mort Begon dans Garin le Loherain »,
parution prévue dans la revue Le Moyen Âge (Louvain).
23 À noter que le microtoponyme de Gademont est transmis par plusieurs témoins, même
approximativement (cf. J. C. Herbin, « Itinéraires… », article cité, p. 64), alors que Raismes, pris pour
un nom commun par les scribes (et par les éditeurs modernes), est perdu comme toponyme, sauf dans O.
24 Cf. Régine Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe-Xe siècle), Publications de la
Sorbonne, Paris 1995, en particulier les pages 255-256 et le tableau de la page 442.
25 Sur les groupes et familles de manuscrits que l’on peut déterminer à l’intérieur de la Vulgate, voir
Jean-Pierre Martin, article cité, p. 96 ; Anne Iker-Gittleman, Le style épique dans Garin le Loherain,
Droz, Genève 1967, p. 12-20, et Garin le Loherenc, éd. citée, tome I, p. 17-24 et 32-42.
26 Nous rejetons la forme Grais de Mont, donnée par F seul, qui ne correspond à rien sur le terrain.
27 La trace de cette évolution apparaît quand on compare, notamment, la Vie de saint Colomban
(VIIIe siècle) et les textes de la fondation de l’Abbaye d’Hasnon (1079). Nous reprendrons cette question
un jour prochain.
28 L’information peut paraître quelque peu gratuite ; toutefois, à faible distance de Valenciennes, à
l’Ouest, dans l’ancien royaume de Lothaire donc, existent deux localités nommées Wargnies, toponyme
remontant à un ancien Gariniacas, ce qui ne s’invente pas…
29 Sur cette question, on consultera la synthèse proposée par Bernard M. Pohoryles, « Sur la datation de
Garin le Loherain et Gerbert de Mez », in Atti del XIV. Congresso de linguistica et filologia romanza,
Napoli 1981, p. 333-342.
30 Cf. en particulier, Ferdinand Lot, « L’élément historique de Garin le Lorrain », in Études d’Histoire
du Moyen Age dédiées à Gabriel Monod, Paris 1896, p. 201-220, en particulier les pages 204-210 ;
voir aussi, plus récemment, la synthèse proposée par Jindrich Zezula, in La Geste des Loherains et les
chroniqueurs : le fond historique et la datation de Garin le Loherain et de Gerbert de Mez, Ph. D. de
l’Université de New York, 1968, en particulier les tableaux des pages 216-220.
31 Cf. Jindrich Zezula, La Geste des Loherains.., ouvrage cité, p. 217-220.
32 Il est à noter que la famille NT, qui remanie le Prologue de Garin, élimine le personnage de
l’archevêque de Reims ; (I)NT paraissent liés à l’abbaye de Saint-Amand, cf. notre étude : « Le début
de la Geste des Loherains dans le manuscrit L-II-14 de Turin (T) », in Première journée valenciennoise
de médiévistique, Lez Valenciennes n° 25, Presses Universitaires de Valenciennes, 1999, p. 131-223, en
particulier les pages 135-139 ; si le remanieur à l’origine de la famille INT a réécrit le Prologue sans le
personnage de l’archevêque pour complaire à quelque grand personnage, on peut signaler une rencontre
bien intéressante : en 1192, l’abbé de Saint-Nicaise de Reims devient abbé de Saint-Amand : a-t-il amené
avec lui un clerc disposé à rendre service à la mémoire de l’archevêque Henri († 1175) si mal traité dans
le Prologue de Garin ?
33 Le seul personnage de ce nom dont nous ayons trouvé la trace au Moyen Âge, un certain Johannes
de Flagi cité dans l’obituaire du Prieuré de Saint-Martin-des-Champs, paraît ne pas convenir, car il est
cité pour le XIVe siècle, cf. Obituaires de la Province de Sens, tome I, publié par Auguste Molinier,
Imprimerie Nationale, Paris 1902, p. 423 (toutefois, ce personnage pourrait avoir été inscrit dans
l’obituaire « à une date assez éloignée de [sa] mort », cf. p. 420).
34 Cf. Félix Lecoy, « Sur Gerbert de Metz : lieux et date », in Romania, 77, 1956, p. 435.
35 Cf. Jean-Charles Herbin, « L’épisode du crâne de Fromont dans Gerbert de Metz », in Plaist vos oïr
bone cançon vallant ? Mélanges de Langue et de Littérature Médiévales offerts à François Suard, Textes
réunis par. D. Boutet, M.-M. Castellani, F. Ferrand, A. Petit, Collection UL3, Travaux et Recherches,
Lille 1999, tome I, p. 407-422, plus particulièrement les pages 417-418 ; la suite de nos recherches,
toujours en cours, nous amène à penser que Gerbert est probablement le plus “aquitain” des poèmes
des Loherains.
36 Cf. Félix Lecoy, article cité, p. 430-431.
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Variations, vie et mort des Loherains 20
37 On notera que le groupe dit « ancien » (ABCO, Cf. Jean-Pierre Martin, article cité, p. 96) ne se repère
vraiment, d’après nos relevés (c’est-à-dire dans les initiatives d’ouverture de laisses nouvelles), que pour
les 2 900 premiers vers de Gerbert ou, si l’on préfère, pour le début de la version longue de ce poème.
38 Cf. notamment, François Bonnardot, « Essai de classement des manuscrits des Loherains », in
Romania, 3, 1874, p. 195-262, en particulier les pages 253-257.
39 C’est, au fond, ce que François Bonnardot appelait la « rédaction primitive s’arrêtant avec Gerbert »,
article cité, p. 255.
40 Cf. Jean-Charles Herbin, « Le tournoi de Senlis dans Hervis de Mes », Littérales, 10, 1992, Nanterre-
Paris-X, p. 71-85.
41 Voire un peu plus haut encore, si le document de l’Abbaye de Beaupré, qui donne un paysan nommé
Garin comme fils d’une certaine Béatrix, a quelque chose à voir avec notre poème, dont il attesterait
le succès dès les dernières années du XIIe siècle, cf. Ch. Edmond Perrin, Recherches sur la seigneurie
rurale en Lorraine (d’après les plus anciens censiers, IXe-XIIe siècles), Paris 1935, Megariotis Reprints,
Genève (s. d.), p. 738 : «… Warinus et mater ejus Beatrix… ».
42 Le texte de Hervis, qui ne donne qu’une fille à Hervis et à Béatrix, et non sept comme le fait Garin,
pourrait même avoir conservé une donnée d’un état de Garin antérieur à celui que nous a transmis la
Vulgate ; sur cette question, voir Jean-Charles Herbin, « Auberi le Bourguignon… », article cité, à
paraître.
43 Noter, toutefois, que E est un codex composite, dont les deux constituants ne sont pas de la même
main et peuvent dater de décennies différentes de la seconde moitié du XIIIe siècle, ce qui rendrait leur
juxtaposition plus accidentelle qu’intentionnelle, au moins du point de vue littéraire.
44 Cf. Hervis de Mes, éd. citée, Annexe XXIV, p. 471-520.
45 Nous avons sur cette prose un article en cours de publication, article dans lequel nous puisons
l’essentiel de la présente mise au point.
46 Nous reprenons ici très largement nos travaux antérieurs, cf. notre Introduction à la Vengeance
Fromondin, (sous presse) et « L’Histoire otage des chansons de geste… », article cité, en particulier les
pages de conclusion, dont nous reproduisons ici l’essentiel.
47 « Anseÿs de Gascogne et la Flandre », Communication présentée au Colloque des 4-5-6 octobre 2001
« Le picard d’hier et d’aujourd’hui », organisé par le Centre d’Études Dialectales de l’Université de Lille
III ; actes parus dans Bien dire et bien aprandre,21, 2003, p. 207-228.
48 Mais la Vengeance Fromondin est une expansion de Gerbert avant d’être une chanson autonome,
même s’il est clair que le texte de cette expansion fonctionne plus sur lui-même qu’à l’intérieur du Cycle
dont il ne partage ni ne poursuit l’esprit.
49 Auxquels on ajoutera, même s’il ne s’agit pas d’une œuvre de premier plan, la Chronique messine
rimée, datée de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle, qui connaît les deux mille premiers vers
de Hervis (qu’elle résume en soixante-douze vers); cf. par exemple, Austrasie (Revue de Metz et de
Lorraine), 4e volume, 1856, p. 237-238.
50 Il est vrai que la date des innovations est délicate à préciser, ainsi que l’impact de la mise en forme
matérielle des témoins INT et QS, qui datent tous, semble-t-il, du dernier tiers du XIIIe siècle ou du
premier tiers du XIVe ; sur la fin particulière de Garin dans IN, nous dirigeons, depuis 2000, la thèse de
Cécile Daquin, qui éditera les quatre mille derniers vers de ce poème dans chacun des témoins IN.
51 Nous l’avons publiée en 1995 aux Presses Universitaires de Valenciennes ; voir aussi notre étude,
« La mise en prose de la Geste des Loherains dans le manuscrit Arsenal 3346 », Communication au
Colloque International de Lille-III, 22-24 septembre 1994, in Bien dire et bien aprandre, 13, 1996, Revue
du Centre d’Études médiévales et dialectales de Lille-III, p. 237-256.
52 La partie concernant Garin vient d’être publiée, cf. Valérie Naudet, David Aubert – Guerin le
Loherain, Publications de l’Université de Provence, 2005.
53 Sur cette prose, on peut consulter Karl Jahn, Philipp de Vigneulle’s Yonnet de Mes und sein Verhältnis
zur Redaktion N des Romans Anseïs de Mes, Dissertation, Greifswald 1903 ; Jean-Charles Herbin, « La
“mise en prouse” de la Geste des Loherains par Philippe de Vigneulles : une (re)trouvaille », in Romania,
109, 1988, p. 562-565 ; – « Approches de la mise en prose de la Geste des Loherains par Philippe
de Vigneulles », in Romania 113, 1992-1995, p. 466-504 ; – « Notice du manuscrit h de la Prose des
Loherains par Philippe de Vigneulles », in Romania, 117, 1999, p. 218-244 : – « Yonnet de Metz. Mise en
prose d’un poème perdu », Communication lors de la Journée d’Étude « Les mises en prose », organisée
à Lille-III le 19 mars 2004 ; actes à paraître.
54 Cf. Le Roman d’Arles, éd. C. Chabaneau, in Revue des Langues Romanes, XXXII, 1888, p. 473-542,
en particulier les pages 505-507, lignes 962, 998, 1007 (?), ainsi que les notes correspondantes.
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
Variations, vie et mort des Loherains 21
55 Cf. Jean-Charles Herbin, « Un avatar de la Mort Begon dans Perceforest : réécriture ou
réminiscence ? », Image et mémoire du Hainaut médiéval,Presses Universitaires de Valenciennes, 2004,
p.193-206.
56 Cf. Emil Heuser, « Die Chanson des Loherains eine Quelle der Chevalerie Ogier », in Ausgaben und
Abhandlungen aus dem Gebiete der romanischen Philologie, LXXII, 1886, Anhang, p. 68-87 ; Barbara
Demarco-Schurfranz, « La Chevalerie Ogier : verbatim borrowing from the Geste des Loherains », in
Romance Philology, XXX, 1977, p. 470-474 ; on évoquera simplement ici le Guillaume de Dole, qui
prétend citer une laisse de Gerbert dont on ne trouve la trace dans aucun manuscrit et dont on peut se
demander s’il ne s’agit pas d’un pastiche.
57 Voir aussi Russell K. Bowman, The Connections of the Geste des Loherains with other French Epics
and Mediaeval genres, New York 1940.
58 Cf. Louis Thuasne, Œuvres de François Villon, Picard, Paris 1923, tome II, p. 151-152, 655 et
suivantes ; Philippe Ménard, « “Berte au grant pié, Bietris, Alis” ou la résurgence de la culture épique
dans la “Ballade des dames du temps jadis” », in Romania, 102, 1981, p. 114-129.
59 Sur cet aspect de la postérité des Loherains, on se reportera à l’étude fort riche de Jindrich Zezula,
ouvrage cité, p. 8-146 ; il faut reconnaître que les emprunts plus ou moins repérables, parfois de seconde
main, font qu’il est difficile au chercheur moderne de s’y retrouver dans les textes des chroniqueurs
cités ; le mérite est d’autant plus grand pour notre collègue américain d’avoir ouvert la voie et de l’avoir
utilement balisée.
60 Cf. Charles Du Cange, Histoire de l’état de la ville d’Amiens et de ses comtes…, Amiens 1840,
p. 170-173 (où il propose d’identifier le Hardré de nos Loherains à Walderic, comte de Soissons).
61 Sur cette question, voir Jakob B. Van der Have, « Les Loherains à l’étranger », in Au carrefour des
routes d’Europe : la chanson de geste, Senefiance, 21, CUER MA 1987, p. 1089-1095 ; – « Les Lorrains
néerlandais : continuation ou innovation », in La Geste des Lorrains, Littérales, 10, p. 65-70 ; et plus
largement, sur l’ensemble des Lorreinen, du même, Roman der Lorreinen : de fragmenten en het geheel,
Uitgverij Scriptum, Schiedam 1990 (Sommaire en français aux p. 174-178).
62 Citation d’après Gaston Raynaud, « La Mesnie Hellequin », in Études romanes dédiées à Gaston
Paris, Paris 1891, p. 51-68, en particulier la page 59.
63 Cf. Susan H. Cavanaugh, « The identification of a lost English analogue of the “Death of Begon”,
episode from the Old French epic Garin le Loherain », in Medium Aevum, LVII-1, 1988, p. 64-67 : le
livre ici en cause est cité (dans un inventaire anglais de 1388) juste après un exemplaire du Roman de
Meis, dans lequel on doit pouvoir voir un témoin de Garin le Loherain ; voir aussi Anne Iker-Gittleman,
éd. citée, tome I, p. 27.
64 Cf. Erich von Richthofen, « Le substrat hispano-portugais de la légende de Loherenc et de l’Arthur
d’Algarve », in Anuario de Estudios medievales (Barcelona), tome II, 1965, p. 525-530.
65 Cf. l’annonce insérée par François Bonnardot et E. de Bouteillier dans Romania, 7, 1878, p. 350 ;
on doit aussi signaler ici l’édition d’extraits et l’étude de l’épisode de Senlis de Hervis par l’historien
François Bourquelot, dans Études sur les foires de Champagne, Mémoires présentés par divers savants
à l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres de l’Institut Impérial de France, Deuxième Série,
tome V, Paris 1865, p. 109-129.
66 Pour la fin de la présente étude, nous citons les éditeurs et les critiques qui se sont attachés à la
Geste des Loherains sans fournir les références de leurs travaux : jusqu’en 1990, elles figurent dans la
Bibliographie complète donnée par Bernard Guidot dans les Actes du colloque de Nanterre (Littérales,
10, p. 257-275) ; après 1990, dans le Complément bibliographique qui termine la présente étude.
67 On peut, toutefois, citer pour mémoire un pionnier allemand qui a travaillé en même temps que
les premiers spécialistes français de notre Cycle, Fr. J. Mone, « Werin von Lothringen », in Anzeiger
für Kunde der teutschen Vorzeit, Karlsruhe, IV-1835, p. 346-347, V-1836, p. 360-362, VIII-1838,
p. 408-411 ; du même, Untersuchungen zur Geschichte der teutschen Heldensagen, Quedlinburg und
Leipzig 1836, en particulier les pages 192-292, qui donnent de longs extraits de Garin et de Gerbert
d’après le manuscrit Q (Bruxelles).
68 On trouvera la liste de ces travaux dans la Bibliographie dressée par Bernard Guidot dans Littérales,
10, p. 257-275.
69 Les Archives de l’Université catholique de Louvain possèdent, dans leur fonds Stengel, au moins un
courrier qui laisse penser que l’édition de Hervis avait été, à l’origine, conçue comme un travail franco-
allemand ; la rupture de Stengel avec ses collègues français (rupture qui doit dater d’avant 1878, d’où
l’annonce insérée alors dans la Romania, cf. plus haut, note 66) amena le savant romaniste à changer
son manuscrit de base.
70 Contrairement à la note de Jean Misrahi, « The Loherain Cycle : a project completed », in Traditio,
IX, 1953, p. 435-436.
71 Cf. La Geste des Lorrains, Littérales, 10, p. 15-47.
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72 Cf. Pauline Taylor, Gerbert de Mez, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de Namur,
fascicule XI, Namur-Louvain-Lille 1952, p. XXVII.
Notes
* Pour cette contribution, qui ne se veut pas une synthèse globale et définitive, nous avons à l’esprit les
éditions suivantes : Garin le Loheren, éd. Anne Iker-Gittleman, CFMA, 117-119, H. Champion, Paris
1996-97 ; Gerbert de Mez, éd. Pauline Taylor, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de
Namur, fascicule XI, Namur-Louvain-Lille 1952 ; Hervis de Mes, éd. J. C. Herbin, TLF, 414, Droz,
Genève 1992 ; pour la Vengeance Fromondin, nous avons utilisé notre édition en cours de publication à
la SATF ; pour Anseÿs de Gascogne, nos propres fichiers et la thèse en cours de Madame Annie Triaud.
Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-Charles Herbin, « Variations, vie et mort des Loherains », Cahiers de recherches médiévales
[En ligne], 12 | 2005, mis en ligne le 30 décembre 2008, consulté le 11 novembre 2013. URL : http://
crm.revues.org/2242 ; DOI : 10.4000/crm.2242
Référence papier
Jean-Charles Herbin, « Variations, vie et mort des Loherains », Cahiers de recherches
médiévales, 12 | 2005, 147-174.
À propos de l’auteur
Jean-Charles Herbin
Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis
Droits d’auteur
© Cahiers de recherches médiévales et humanistes
Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 12 | 2005
